L’instabilité politique en France, marquée par des changements gouvernementaux fréquents et des retards dans l’adoption de la loi de finances 2025, a des répercussions significatives sur le secteur immobilier. Cette situation engendre une incertitude qui affecte tant les investisseurs que les particuliers, freinant les transactions et perturbant les projets en cours.
Un climat d’incertitude paralysant
La dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024 et la motion de censure qui a renversé le gouvernement Barnier en décembre 2024 a plongé la France dans une crise politique inédite, suspendant de nombreux projets de loi, notamment ceux relatifs au logement. Cette paralysie législative a retardé des réformes cruciales destinées à améliorer l’accès au logement et à dynamiser le marché immobilier.
Les professionnels du secteur, confrontés à cette incertitude, adoptent une attitude attentiste, reportant investissements et projets de développement. Les particuliers, quant à eux, hésitent à s’engager dans des transactions immobilières majeures, craignant des modifications fiscales ou réglementaires imprévues.
Impact sur les taux d’intérêt et le crédit immobilier
Malgré une tendance à la baisse des taux de crédit immobilier observée fin 2024, l’instabilité politique a suscité des inquiétudes quant à une possible remontée des taux d’emprunt d’État. Cette situation pourrait, à terme, renchérir le coût des crédits immobiliers, rendant l’accès à la propriété plus difficile pour les ménages. Les banques, face à ce climat incertain, pourraient durcir leurs conditions d’octroi de prêts, exigeant des garanties plus solides ou augmentant les taux proposés aux emprunteurs.
Des réformes suspendues face à l’instabilité politique
La prolongation de la loi Pinel abandonnée par le nouveau gouvernement
Alors qu’une des principales réformes du gouvernement Barnier portait sur la prolongation exceptionnelle du dispositif Pinel jusqu’au 31 mars 2025, celle-ci n’a pas été reprise par la nouvelle majorité. En l’absence de ce prolongement, le dispositif a pris fin au 31 décembre 2024. Les investisseurs qui comptaient sur cette dernière fenêtre pour bénéficier de réductions fiscales sont contraints de revoir leurs plans.
Passoires thermiques : une interdiction maintenue malgré la crise
Dès le 1ᵉʳ janvier 2025, les logements classés G au DPE seront interdits à la location. Une proposition de loi portée par les députés Bastien Marchive et Iñaki Echaniz visait à accorder un délai aux propriétaires ayant engagé des rénovations ou confrontés à des blocages en copropriété.
Mais l’instabilité politique a empêché son adoption, maintenant le calendrier initial. Conséquence : des milliers de logements sortiront du marché locatif, risquant d’aggraver la pénurie de logements et de faire grimper les loyers.
Un statut de bailleur privé encore incertain
Le gouvernement souhaite instaurer un statut de bailleur privé afin de reconnaître leur rôle économique, au-delà de la simple perception de loyers. Cette réforme permettrait notamment d’amortir le bien immobilier et de déduire cet amortissement du revenu global, à l’image de certains pays européens. Encore en discussion, cette mesure pourrait alléger la fiscalité pesant sur les investisseurs et dynamiser le marché locatif.
Malgré la situation délicate, des réformes immobilières votées par la loi de finance 2025
Malgré les turbulences politiques, le nouveau gouvernement de François Bayrou a voté la loi de finances pour 2025 le 14 février dernier. Plusieurs réformes immobilières ont été repêchées pour les années à venir, visant à soutenir le marché et à encourager l’investissement.
Élargissement du Prêt à Taux Zéro (PTZ) au niveau national
La loi de finances pour 2025 a voté l’extension du PTZ à l’ensemble du territoire français, incluant désormais les zones moins tendues et les maisons individuelles. Cette mesure, applicable du 1ᵉʳ avril 2025 au 31 décembre 2027, vise à faciliter l’accession à la propriété pour un plus grand nombre de ménages, en particulier les primo-accédants.
Modification du régime des Loueurs en Meublé Non Professionnels (LMNP)
Le gouvernement a modifié le statut des LMNP pour aligner leur fiscalité sur la location nue. Désormais, la plus-value à la revente est réintégrée pour les biens au régime réel. Les meublés touristiques sont aussi concernés par la loi Le Meur : pour les non classés, l’abattement fiscal passe de 50 % à 30 %, avec un plafond de 15 000 euros. Appliquées aux revenus 2025, ces mesures mettent fin à une anomalie fiscale, réduisant l’avantage des meublés touristiques par rapport aux locations longue durée.
Prolongation de l’exonération des plus-values pour les surélévations
Le gouvernement a également voté la prolongation jusqu’au 31 décembre 2026 de l’exonération fiscale des plus-values immobilières sur les cessions de droits de surélévation. Cette mesure incitative vise à encourager la création de nouveaux logements dans les zones urbaines denses, contribuant ainsi à atténuer la crise du logement.